• 12nov

    Les habits neufs de l’empereur

    Dans un célèbre conte éponyme d’Andersen, deux escrocs réussissent à convaincre une cour toute entière de l’existence d’un habit de lumière qui n’est tissé qu’avec du vide. Ils promettent à un empereur orgueilleux de lui tisser le plus bel habit d’apparat jamais réalisé pour un défilé, et demandent pierreries et or tangibles pour ce faire. Le résultat est intangible et les tisseuses tournent à vide, mais nul ne le dit car l’habit est supposé avoir un pouvoir magique bien spécial : ceux qui sont idiots ou qui occupent des fonctions auxquelles ils sont inadaptés ne peuvent le voir. Aussi l’empereur envoie d’abord tous ses conseillers pour lui dire les progrès des tisserands et tous reviennent annoncer que l’habit avance et promet d’être merveilleux ; Lui-même ensuite ne peut que s’écrier au prodige devant le résultat et s’habiller de vide pour défiler devant une foule muette, jusqu’à ce qu’un enfant, non contraint par la politique, s’exclame avec la naïveté de la vérité : le ROI est nu!

    Ainsi en va-t-il aujourd’hui des façons de mesurer le R.O.I., en français RSI, le Retour Sur Investissement, pour justifier économiquement les Systèmes d’Information et leurs projets. Les approches purement financière tournent souvent à vide et peu de DSI osent opposer à une logique de gestion comptable un réel pilotage par la valeur de peur de passer pour inadapté à la fonction , ou pire, idiot, en expliquant la difficulté à certains égards de poser une équation financière là où les paramètres ne se traduisent pas uniquement par des coûts ou des gains financiers directs.

    Car si le « R.O.I » peut s’expliquer simplement en le définissant pour une période donnée comme la somme des profits actualisés du projet, c’est-à-dire les revenus moins les coûts, divisée par les fonds investis dans le projet, il représente parfois un exercice périlleux avec des chiffres trompeurs. Car il faut calculer non seulement le coût total de possession (TCO), dont beaucoup de coûts « cachés », mais également penser au « PONI » (Price of Non investment) donc le coût des risques à ne pas faire avec leur probabilité d’occurrence, puis transformer ce qu’on appelle des bénéfices plus ou moins « intangibles » (satisfaction utilisateur, augmentation du capital intellectuel, meilleure gestion des connaissances, évolutivité ou interopérabilité d’un système, etc) en augmentation potentielle indirecte de chiffre d’affaires.

    A cela il faudrait ajouter un nouveau terme, d’actualité aujourd’hui, pour lequel je ne doute pas que les zélés analystes ou responsables marketing de tout bord trouveront un trigramme adapté : le prix de l’impact sociétal et environnemental, qui lui aussi, peut potentiellement se traduire, suivant qu’il est négatif ou pas, par des augmentations ou des pertes de chiffre d’affaires indirectes sous l’effet, par exemple, de l’image « perçue » de la marque ou la démotivation des employés.