• 06déc

    Une sérendipité menacée ?
    chitika

    La première raison est que le processus de naviguer avec sagacité n’est pas donné à tout le monde, comme il n’était pas donné à tous à la renaissance de savoir lire efficacement (voire de savoir lire tout court). Il en suffit pour preuve de constater que plus de 80 % des clicks sur Google s’arrêtent à la première page (voire plus de 91% selon les résultats d’une enquête de la société chitika). La plupart des gens ne vont pas au-delà de cette première page et au mieux s’arrêtent à la deuxième. Or, pour ma part, je trouve que les effets réellement intéressant des associations d’idées prennent corps à la dixième page et il n’est pas rare que j’aille bien au-delà de la vingtième page, pour trouver autres choses que des redondances, des informations dupliquées à l’excès ou des évidences. Ais-je des statistiques pour cela ? Non, car cela voudrait dire que je ne voudrais plus laisser la place au hasard dans ma propre recherche mais allez là où, potentiellement, d’autres me diraient d’aller, là où il serait intéressant a priori de rechercher. Pour créer les conditions d’un hasard heureux il ne faut pas « d’a priori » et se laisser surprendre.

    C’est ce qui m’amène à la deuxième raison qui va progressivement limiter les effets de sérendipité de la navigation Web. On va, en utilisant en arrière-plan des bases de concepts/objets liés, nous proposer de plus en plus de contenu dits similaires que nous devrions apprécier, ou partir toujours de ce principe « qui se ressemble s’assemble » nous proposer les livres ou articles que nos « amis » (ceux qui numériquement sont liés à nous) ont aimé. Il faudra donc fouiller de plus en plus loin, pour aller au-delà des algorithmes qui décideront pour nous de ce qui peut être lié ou non, selon des modèles que nous ne connaitrons pas, ou selon les modèles du plus grand nombre.

    Ainsi il serait illusoire de croire que cet accès à un gisement énorme de savoirs ferait de nous des surhommes, ou de prétendre à l’universalité à laquelle prétendait les savants de la renaissance qui déjà renâclaient en voyant les limites de leur savoir se dessiner dans l’incapacité à tout lire qu’ils découvraient nouvelle.

    La connaissance « universelle »
    erudition

    Voltaire déjà se moquait de la légende entourant l’érudition du Pic de La Mirandole, dont on disait qu’à 18 ans, il connaissait 22 langues : « Quiconque dans une si grande jeunesse en sait vingt-deux, peut être soupçonné de les savoir bien mal, ou, plutôt il en sait les éléments, ce qui est ne rien savoir ». Le philosophe aurait aussi rajouté par ironie à la devise du prince Italien, « De omni re Scibili » (de toutes les choses qu’il faut savoir), la suite « et quibusdam aliis » (et de quelques autres … ). Pas plus aujourd’hui qu’à la renaissance, nous n’avons d’érudit capable de tout connaître, pas plus aujourd’hui n’avons-nous avec le Web des béquilles qui nous autoriseraient un supplément d’intelligence. Ou alors, nous aurions tout intérêt à nous en méfier.

    Tout n’est pas écrit sur Internet et ce n’est pas une gigantesque intelligence qui conduirait à la connaissance universelle, jusqu’à être capable de prétendre que des analyses prédictives présentent la réalité objective de ce qui se produira. Pour autant, cela ne décourage pas des flambées d’optimisme vis-à-vis de ce qui peut sortir de ce potentiel de connaissance, qui n’est, à vrai dire, sans analyse humaine, même aidée, qu’un potentiel. Ainsi, Nils Aziosmanoff Président du Cube, Centre de création numérique, est enthousiaste vis-à-vis d’un futur où apparaîtrait l’Homme symbiotique, mi homme mi machine, presque dieu, « Connecté au savoir et aux réseaux sociaux, assisté par la big data et les machines qui pensent, l’homme augmenté acquiert les pouvoirs d’un presque dieu. A l’heure où le progrès technologique s’accélère, l’accès à l’expertise de la donnée peut plus que jamais libérer les forces de la créativité. »
    La fascination pour le progrès

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