• 06déc

    BIG “BROTHER” DATA ou BIG “OPEN” DATA ?
    Suite de la première partie : BIG BANG de la connaissance ou de la consumérisation des humains

    AlbertoManguelDerrière les BIG DATA, des mythes qui reviennent

    Après l’aspect de consumérisation de nos données privées développé en partie 1, à voir l’ensemble des interventions sur les BIG DATA force est de se demander si le sujet ne cristallise pas en les faisant resurgir des espoirs et des craintes anciennes. Lesquelles paraissent liées à la renaissance cyclique de mythes qui suivent l’évolution des technologies de l’information : l’infobésité, la connaissance «universelle», l’homme « presque Dieu », ou … « le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley.

    L’infobésité n’est pas née avec le siècle.

    Il suffit de lire l’article d’Ann Blair « Reading Strategies for Coping with Information Overload, ca.1550-1700”, pour s’en convaincre. Ainsi cite-t-elle Conrad Gesner qui se plaignait dans la préface de sa bibliothèque universelle (1545) de « la confusion et l’abondance nocive de livres ». D’autres tels que Adrien Baillet craignaient que cette profusion ne fasse tomber les siècles suivants dans la barbarie, faute de savoir séparer le bon grain de l’ivraie. Francis Bacon (1612) donnait des conseils sur la façon de lire, catégorisant déjà ce qui devait être lu en partie, ou en diagonale, ou pleinement et attentivement. Les conséquences de l’imprimerie plongeaient dans le désarroi des lettrés habitués à des listes de lecture indispensables restreintes. De nouveaux livres venaient enrichir les textes fondateurs, réflexion et enseignement prenaient une autre tournure. Nos façons d’assimiler les connaissances se modifient en fonction des évolutions des supports à la diffusion de cette connaissance. En fait, nos moyens et techniques d’apprentissage changent tout du long de l’évolution humaine. La façon de lire à l’antiquité n’était pas celle de la renaissance qui n’est pas celle d’aujourd’hui.

    Ainsi dans sa très intéressante «histoire de la lecture» Alberto Manguel évoque le psychologue Julian Jaynes, qui suggère qu’aux premiers temps de la lecture, la perception était sans doute plus auditive que visuelle. L’écrivain rappelle d’ailleurs que « les mots écrits, dès les temps des premières tablettes sumériennes, étaient destinés à être prononcés à voix haute, puisque chaque signe impliquait, comme son âme, un son particulier. Le dicton classique scripta manent, verba volant – dont le sens est devenu, de nos jours « ce qui est écrit demeure, ce qui est parlé se volatilise »- signifiait jadis exactement le contraire ; il avait été forgé à la louange de la parole, qui a des ailes et peut voler, par comparaison avec le mot écrit, silencieux sur la page, inerte, mort ».

    La lecture sur la toile offre depuis bientôt vingt ans de nouvelles possibilité d’exploration, de catégorisation, de filtres et de lecture.

    Plutôt que lire en diagonale des chapitres d’un seul livre et leur résumé, nous effectuons cette lecture visuelle en diagonale non sur un livre mais des centaines de livres ou d’articles entiers, en profitant de leur résumé, des mots clefs ou des commentaires qui les annotent ou des liens qui les unissent, voire des images qui les illustrent. C’est une forme de lecture en maillage, où l’on peut naviguer, rebondir d’un point connecté à un autre d’une façon extrêmement visuelle (on « capte » une image, un mot) et éventuellement découvrir de manière fortuite un tout autre sujet que l’on pourrait souhaiter approfondir, par un effet de sérendipité que le Web renforce (cf. Le monde.fr sur la sérendipité). Mais cet effet n’est renforcé que jusqu’à un certain point et pour deux raisons.

    Une sérendipité menacée?

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