• 01oct

    Industrialisation et obstacle épistémologique chez les grecs

    Il faut arriver à critiquer la culture élémentaire, la connaissance élémentaire, les modèles, pour qu’il y ait progrès. Le modèle porte à la fois sur la notion de «moule» de conception, mais aussi celle de créativité. Il suppose d’imaginer un nouveau usage ou un usage optimisé des ressources, grâce à la technologie, existante ou nouvelle. Et ce n’est pas parce que la technologie existe qu’une société est toujours en mesure de l’exploiter pour une réelle évolution. Des modèles de société peuvent tout à la fois s’y opposer comme y adhérer.

    La description que fait Peter Green, auteur du livre « d’Alexandre à Actium » des limites de l’innovation et de l’industrialisation à l’époque hellénistique et romaine pointe l’importance du contexte socio-économique, aussi. Pour les grecs dont les intellectuels méprisaient les activités utilitaires et mécaniques, concevoir un modèle pour un usage optimisé des ressources n’était pas une source de réflexions envisageable et ce fût une grande limite à leur capacité d’innovation.

    Selon Peter Green « L’industrialisation, au sens que nous donnons à ce terme, était minime : les fabriques ne dépassèrent jamais le niveau de l’industrie artisanale, et la spécialisation était rudimentaire. L’économie, fondamentalement, resta constamment agricole, ses unités de production étant le paysan, le bœuf et l’âne ».La reproduction de poteries en série (voire d’armes en série) existait bien, mais elle n’atteignait pas à l’industrie à proprement parler car il s’agissait davantage de recopier artisanalement un modèle que de le dupliquer mécaniquement.
    Certes, il pouvait y avoir une limitation de main d’œuvre, cette dernière étant utilisée essentiellement pour l’agriculture –indispensable à la substance et produisant davantage le minimum que du superflu mais la raison principale, argumentée par Peter Green dans son livre, était « qu’apparemment personne n’avait de raison valable d’essayer d’alléger le travail ou d’accroître la productivité ». Ainsi les grecs possédaient tous les éléments constituants de la machine à vapeur, connaissaient le vent, l’air chaud et la vapeur comme sources potentielles d’énergie mais «l’absence d’évolution, dans le domaine pourtant capital des sources d’énergie susceptibles de remplacer la force musculaire humaine ou animale, tenait à des raisons socio-économiques plus que technologiques. ».
    En d’autres termes, l’absence de «progrès» de type industrialisation chez les grecs est venu d’un obstacle épistémologique, un manque de motivation vis à vis des questions de rendement.

    Le «progrès» naît dès lors quand l’innovation est en adéquation avec un système organisationnel et technique. Un changement progressif vers une idéologie technicienne et rationaliste, développée plus ou moins vite à des moments phares de l’histoire, entre le 16e et le 18e siècle, a accompagné le passage vers une société commerciale et industrielle. De nombreuses innovations ont certes supporté l’industrialisation du 19e siècle, mais elles poussaient sur un terreau socio-économique fertile.

    Une première phase des techniques d’industrialisation conduit à produire toujours plus, à obtenir grâce à des énergies d’origine fossiles plus de rendement à différents niveaux, en particulier, la mécanisation de l’agriculture a permis d’accroître des gains de productivité libérant de la main-d’œuvre pour d’autres activités. On rationalise le processus productif, on recherche l’efficacité optimale.

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