• 23déc

    Ce n’est pas une voie inéluctable.
    Les outils n’ont d’existence que par l’usage qu’on en fait. Twitter peut être un excellent moyen pour recueillir des questions à chaud lors d’une conférence, pour laisser les orateurs y répondre au bon moment. Mais projeter les questions et les réactions derrière l’orateur en pleine trame de son discours, cas réel, c’est introduire un décalage préjudiciable dans l’écoulement du temps du discours et de la compréhension : l’orateur perd le fil, les assistants, aussi. Il n’y a là que du bon sens, mais cette recherche de l’instantanéité nous le fait perdre souvent, dès lors que des technologies d’échanges et de communication d’information entrent en jeu. Parce que les technologies mettent en relation les humains et que les humains ne sont pas des unités à l’auto apprentissage instantané, la synchronisation n’est pas une constante, loin de là. Heureusement, car cela autorise encore l’écoute, la créativité et l’innovation.
    Depuis longtemps, nous savons que rajouter des gens sur un projet comme réponse immédiate à un dépassement des délais ne fait que les augmenter (voir le livre de Frederic Brooks the Mythical Man-Month: Essays on Software Engineering). Nous savons également qu’émettre des appels d’offres à calendrier trop contraint est préjudiciable à la qualité des réponses et engage également les projets sur des plannings mal estimés. Tout le monde est perdant à ce jeu de dupes qui ne fonctionne que par la croyance en la nécessité d’exiger des réponses immédiates, comme preuve d’agilité et de réactivité. Confondre réactivité avec agilité, agitation avec action, précipitation avec rapidité ne construit pas d’intelligence collective et restreint fatalement les libertés de choix.
    La trace ou la responsabilité ?
    Répondre du tac au tac à un mail énervant ou répondre à un courrier à 3h du matin n’est pas signe de sérieux ni de bon management des priorités. Le capitaine d’un navire qui coule veut aussi être sur le pont, pour autant, il ne contrôle plus son navire. Certes les technologies nous permettent de tracer beaucoup de choses et de garder en mémoire ces traces. Mais cela n’écarte pas, là non plus, la nécessité de réfléchir à ce qu’il est utile de tracer, à quelle échelle et pourquoi. Au-delà des problèmes de stockage et d’archivage, le bruit chaotique ne délivre pas plus de connaissance que le silence. Quant à la traçabilité, elle est toujours toute relative.
    Les lois Sarbanes-oaxley et leur déclinaison n’ont en rien empêché la crise de 2008 dans laquelle nous sommes encore (crise économique structurelle et crise de liquidité due à la multiplication du crédit par le jeu des produits structurés). Cela parce que le but de ces lois n’était pas de contrôler l’éthique ou le risque des choix financiers ou des approches macro-économiques ni de responsabiliser les opérateurs financiers. Pour autant, elles répondaient à une crise précédente, celle des scandales type Enron. Savoir ce qu’il faut tracer est souvent une réaction de déduction « après coup ». D’autre part, dire que les outils informatique sont responsables pour partie de la crise parce qu’ils ont contribués à mettre en place des opérations complexes, serait déresponsabiliser les comportements humains qui sont derrière. Certes, les technologies permettent des réponses immédiates, instantanées à des ordres pour des opérations purement financières. Du coup des individus à la recherche de leur seul bénéfice peuvent spéculer à outrance, spéculation qui, à grande échelle, peut se révéler rapidement déstabilisante aussi bien pour les entreprises que pour les états.

    Alors faut-il honnir les technologies pour ce qu’elles échouent à tracer ou s’interroger sur ce qu’on autorise dans leur usage ? Faut-il que les gouvernements « rassurent » les marchés financiers qui leur font porter les risques par des plans de rigueur que subissent les citoyens ou est-ce affaire de régulation et de réforme à l’échelle mondiale? Si les outils permettent d’accélérer une faille dans un système, profitable à d’aucuns, ils l’accélèreront rapidement. A contrario, pour mettre en place une vraie réforme et un système de contrôle qui ait du sens, c’est d’abord affaire d’intelligence humaine, de responsabilisation collective et de temps avant que d’être une affaire d’outils, même si ces derniers peuvent relier des informations.

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