• 16fév


    Les mythes fondateurs

    50 ans et plus … déjà ? Les NTIC ont perdu depuis un moment leur première lettre, n’en déplaise à certains hommes politiques qui placent, par exemple, les débuts d’Internet en l’an 2000 (l’explosion de la bulle coïncidant dès lors au big bang de la création). Où placer les débuts de l’informatique en entreprise ? A la naissance du terme en France au début des années soixante avec la contraction d’Information et Automatique, aux calculateurs et simulateurs des projets Manhattan et Enigma, au concept de la machine de Turing, à l’architecture du calculateur universel de Van Neumann, à la naissance du premier langage « compréhensible » hors du cercle scientifique, et, spécialisé pour la gestion et le domaine bancaire, destiné à un usage « métier » le Cobol (Common Business Oriented Language)? En tous cas, il y a cinquante ans …et plus.

    Certes, Van Neumann, Turing et E.G hopper peuvent être mis au rang des « pères et mères fondateurs » dans la mythologie informatique. Pour l’anecdote, la mort de Turing en croquant une pomme empoisonnée aurait inspiré le logo d’une célèbre marque. Dans le registre des mythes, c’est à l’inverse une autre marque très connue dont les trois lettres ( à un décalage près) aurait inspiré le fameux ordinateur de la saga l’odyssée de l’espace d’Arthur C. Clark, ordinateur « incarné » dans le film réalisé avec Stanley Kubrick « 2001 , l’odyssée de l’espace ». Aussi bien l’écrivain que le cinéaste ont démenti l’apparente filiation, mais la légende demeure. Hal, une IA qui revient sous une autre forme de vie en 2010, perd peu à peu la « conscience » à la fin du film quand Dave lui retire ses « blocs mémoire holographiques » à l’occasion d’une scène mémorable, où, flottant en apesanteur dans une lumière orangée, l’astronaute retire d’un mur des plaquettes encastrées en tiroirs.

    Hal sur PDA
    Il est frappant de constater que la projection d’alors (1968) voit l’ordinateur du futur comme un immense mainframe. A contrario les technologies de miniaturisation nous ont fait passer du macroscopique au nanoscopique. Que de chemin parcouru depuis le premier transistor MOS en 1962. En 1971 est apparu (après le film « 2001.. ») le premier circuit intégré de 10µm (taille d’un cheveux) et les circuits n’ont cessé de se réduite jusqu’à atteindre en 2003 0,1 µm avec l’itanium (taille d’un virus dans le corps). En 2015 nous devrions être à 22nm (nanomètres) et ensuite atteindre certaines limites technologiques de la micro électronique(dissipation thermiques, champs électriques, ..) et physiques (bruits thermiques, effets tunnels, ..) que les nanotechnologies pourraient repousser (en matière de science fictions nous sommes plus près de la cité des robots d’ASIMOV).

    Ce qui nous conduit à un paradoxe. Hal finalement pourrait tenir sur un ordinateur personnel, voire, en poussant le bouchon un peu loin, sur un pda, pourvu que son langage de programmation soit le bon et que sa programmation soit optimisée. Car si les tailles « physiques » des ordinateurs n’ont cessé de diminuer, à l’inverse le volume d’information à stocker et les tailles des programmes en nombre de lignes de codes se sont démultipliés. La taille de l’ordinateur de bord d’appolo 11 était de 14Ko et le programme de quelques dizaines de milliers de lignes de codes (pour les curieux le code source du module de commande est pour partie visualisable ici). La taille et la complexité des logiciels n’ont cessé d’augmenter, des 10 000 lignes de code en moyenne pour un logiciel important en 1970, nous sommes passés à 50 000 dans les années 80 (pour gérer les interfaces graphiques clavier souris, écran) ; puis 100 000 lignes de codes dans les années 90s. Il est intéressant de regarder l’évolution du Système d’exploitation windows à ce sujet, lequel est passé de 4 à 5 Millions de lignes de code en 93, pour atteindre 10 fois plus de lignes en 2003 (50 Mloc).

  • 12nov

    Les habits neufs de l’empereur

    Dans un célèbre conte éponyme d’Andersen, deux escrocs réussissent à convaincre une cour toute entière de l’existence d’un habit de lumière qui n’est tissé qu’avec du vide. Ils promettent à un empereur orgueilleux de lui tisser le plus bel habit d’apparat jamais réalisé pour un défilé, et demandent pierreries et or tangibles pour ce faire. Le résultat est intangible et les tisseuses tournent à vide, mais nul ne le dit car l’habit est supposé avoir un pouvoir magique bien spécial : ceux qui sont idiots ou qui occupent des fonctions auxquelles ils sont inadaptés ne peuvent le voir. Aussi l’empereur envoie d’abord tous ses conseillers pour lui dire les progrès des tisserands et tous reviennent annoncer que l’habit avance et promet d’être merveilleux ; Lui-même ensuite ne peut que s’écrier au prodige devant le résultat et s’habiller de vide pour défiler devant une foule muette, jusqu’à ce qu’un enfant, non contraint par la politique, s’exclame avec la naïveté de la vérité : le ROI est nu!

    Ainsi en va-t-il aujourd’hui des façons de mesurer le R.O.I., en français RSI, le Retour Sur Investissement, pour justifier économiquement les Systèmes d’Information et leurs projets. Les approches purement financière tournent souvent à vide et peu de DSI osent opposer à une logique de gestion comptable un réel pilotage par la valeur de peur de passer pour inadapté à la fonction , ou pire, idiot, en expliquant la difficulté à certains égards de poser une équation financière là où les paramètres ne se traduisent pas uniquement par des coûts ou des gains financiers directs.

    Car si le “R.O.I” peut s’expliquer simplement en le définissant pour une période donnée comme la somme des profits actualisés du projet, c’est-à-dire les revenus moins les coûts, divisée par les fonds investis dans le projet, il représente parfois un exercice périlleux avec des chiffres trompeurs. Car il faut calculer non seulement le coût total de possession (TCO), dont beaucoup de coûts “cachés”, mais également penser au “PONI” (Price of Non investment) donc le coût des risques à ne pas faire avec leur probabilité d’occurrence, puis transformer ce qu’on appelle des bénéfices plus ou moins “intangibles” (satisfaction utilisateur, augmentation du capital intellectuel, meilleure gestion des connaissances, évolutivité ou interopérabilité d’un système, etc) en augmentation potentielle indirecte de chiffre d’affaires.

    A cela il faudrait ajouter un nouveau terme, d’actualité aujourd’hui, pour lequel je ne doute pas que les zélés analystes ou responsables marketing de tout bord trouveront un trigramme adapté : le prix de l’impact sociétal et environnemental, qui lui aussi, peut potentiellement se traduire, suivant qu’il est négatif ou pas, par des augmentations ou des pertes de chiffre d’affaires indirectes sous l’effet, par exemple, de l’image « perçue » de la marque ou la démotivation des employés.

  • 15juin

    L’oeil du cyclone

    Nous n’avons pas aujourd’hui de certitude quant à la durée prévisionnelle de la crise actuelle : 12 mois encore, 18 mois, 3 ans, plus ? Et quel sera le monde après ? Il n’y a pas réponses, il n’y a pas de solutions « toutes faites ». Plus encore, pour citer Saint-Exupéry : « Il n’y a pas de solutions, il y a des forces en marche, et les solutions suivent ». Mais si ces « forces en marche » ne se mettent pas en mouvement à présent, au niveau des Systèmes d’Information d’entreprises, que se passera-t-il ? Après avoir réduit les budgets jusqu’à leur portion congrue, s’être séparé de bon nombre de talents, rendu le SI (Système d’Information) à sa fonction «primaire» (de « support»), nous sommes dans l’œil du cyclone ; inutile de se faire tout petit et de ne plus bouger en attendant la suite. Car s’il y a encore un moment pour réagir … c’est maintenant.
    Parce qu’après, la violence du vent redoublera, et rien ne prouve que suite aux « coupes drastiques », on tiendra face à la rafale suivante, bien au contraire. Les crises que les SI ont à traverser ne sont pas prévisibles dans leurs impacts et leurs conséquences. Par contre, elles reviennent avec une certaine régularité depuis les années 90’s, voire de plus en plus rapidement et avec plus de violence. Elles changent aussi de nature, passant de crises « internes », à des crises « externes », induites par les changements économiques. Pour les crises internes, nous avons eu celle du fameux « bug » de l’an 2000. Beaucoup de bruits pour rien, diront certains, au regard de la prévention et des impacts réels. Pour autant, il ne faudrait pas oublier que le même type de problème nous attend pour 2019. Les formats de dates IEEE, pour les programmes C et C++ couplés à certaines versions de bases de données relationnelles, sont prévus pour stocker des dates à partir de 1889 sur un différentiel de 4 milliards de seconde … ce qui nous amène à envisager un problème potentiel en 2019. D’ici là, me direz-vous toutes les applications auront été ré-écrites … Peut-être pas, mais nous avons la possibilité de maitriser ce risque prévisible. Nous risquons également d’avoir une crise « générationnelle » de type ressources humaines, aux alentours de 2015, ou la plupart des « sachants » ayant développés les applications des années 80’s partiront à la retraite, où ceux des années 90’s à 2000’s auront évolués vers d’autres postes, d’autres responsabilités.
    A ces crises relativement « internes » s’additionnent des crises externes à présent que nous sommes effectivement dans une économie « immatérielle », où, quand l’économie accélère, ou quitte une vitesse de croisière adossée à quelques paradigmes (sociétés considérées comme stables, cours d’actions, comportement des acheteurs, situation de monopole, cours des matières premières, etc) et change de paramètres, le manque de contrôle des systèmes d’information devient flagrant, dans leur incapacité à prendre rapidement en compte la fluctuation des paramètres, ou en changer. Mais n’oublions pas que le système d’information n’a jamais que l’intelligence qu’on lui a donné à travers sa conception, donc les capacités de contrôle et d’adaptation qu’on lui a prévu.

  • 14oct

    L’informatique a vieilli. Les premières “nouvelles” technologies de l’information et de la télécommunication d’hier ne sont plus si “nouvelles”. Et pourtant, aujourd’hui et demain voient sans cesse de nouvelles technologies ou approches apparaitre, laissant à chaque renouvellement l’héritage de l’évolution précédente se “sédimenter” dans les entreprises. Car les systèmes d’information qui se sont batis sur les technologies d’hier, doivent durer autant que vivre au jour le jour, assurer le plus longtemps possible les services pour lesquels ils ont été conçus, et s’adapter aux nouvelles demandes d’un monde en mutation. Plus ils ont assuré de services en exploitation, et plus ils ont prouvé leur valeur, plus cette dernière diminue, devient à vrai dire moins exploitable, à force d’avoir rajouté des niveaux de complexité.  Car au-delà des technologies, c’est la manière dont l’information est recueillie et comment elle est exploitée, interprétée et “partagable”, ré-utilisable, qui importe. Et, malheureusement, les technologies qui devaient être un support à une meilleure exploitation de l’information, peuvent devenir des freins. Lire la suite »

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