
Quelle est l’organisation idéale d’une DSI ? Quel est le budget moyen nécessaire à une informatique performante ? Pourquoi l’informatique n’est-elle toujours pas au même niveau d’industrialisation que d’autres disciplines ? Pourquoi faut-il toujours faire des prototypes ? Cette série de questions entraperçues au hasard des forums m’amènent à m’interroger sur la confusion qui règne encore aujourd’hui, dans le domaine des Systèmes d’Information, sur d’une part la nature du métier, les usages et les objectifs, d’autre part la maitrise des moyens.
Parce qu’il n’y a pas, disons le abruptement, d’organisation idéale et pas plus de budget « moyen » significatif dans l’absolu. Certes, l’affirmation est abrupte et mérite d’être nuancée. Pour être claire, je préciserai qu’il n’y a pas d’organisation et de budget idéaux indépendamment des déterminations particulières des entreprises. En d’autres termes, selon le secteur d’activité, les facteurs exogènes (marché, clients, concurrence et partenaires) et endogènes (les ressources au sens large propres à l’entreprise), l’historique(le « patrimoine culturel ») et l’héritage d’informations et de technologies de l’entreprise (le « patrimoine informatique »), il y a de très grandes disparités « naturelles ».
Décryptons les budgets avant d’en venir aux organisations. Si on prend le ratio budget DSI/chiffre d’affaires de l’entreprise, bien que sa « moyenne » puisse se situer dans une fourchette de 2 à 3% (d’ailleurs inférieure en France au ratio Nord-Américain plutôt de 5%,), les différences entre secteurs et taille/géographie d’entreprises sont flagrantes. L’indicateur est certainement critiquable dans la mesure où il faut comparer ce qui est comparable, c’est-à-dire considérer des entreprises ayant une approche identique du budget (en y intégrant des postes de coûts/investissements/amortissements similaires avec une logique de TCO et, dans un monde idéal, de ROI). Cela n’est pas sans difficulté et c’est une litote, mais les pratiques mûrissent dans ce domaine en même temps que les référentiels. En ce qui concerne ces derniers, on fera référence au « Benchmarking des coûts informatiques - Modèle et Guide de mise en oeuvre du standard IGSI » publié par le CIGREF, et le cadre de référence pour la gouvernance des investissements informatiques, Val IT (Enterprise Value : Governance of IT investments), disponible auprès de l’AFAI (chapitre français de l’ISACA).
Reste que les disparités du ratio budget DSI/CA, en dépit de ses limites, éclairent des approches sectorielles liées à la fois à la « vision stratégique » du Système d’Information par métier et au degré de pénétration du SI dans le métier lui-même (si les « biens » vendus sont immatériels et supportés par le SI, par exemple). Si on reste majoritairement en dessous de 2%, dans les collectivités locales (selon une étude réalisée par Sopra en 2009), dans le tertiaire et en particulier dans la finance on peut arriver à 5%, trouver dans l’industrie une certaine stabilité autour de 2 à 3% quand l’immobilier fait historiquement figure de parent pauvre avec un budget informatique inférieur à 1%. Ce qui peut probablement changer, avec davantage de ventes de biens immobiliers par Internet et, pourquoi pas, dans le futur, davantage de logements « intelligents », eco-responsables où le SI interviendrait. Car, au-delà de l’aspect non négligeable du référentiel de mesure, si on trouve des disparités de budget avec des rapports de un à vingt, cette disparité reflète aussi des différences entre la nature des relations entre les entreprises et leurs Systèmes d’Information et leur niveau de dépendance par rapport à ces derniers, voire leur approche « culturelle » et, souvent par voie de conséquences, organisationnelle.
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« TCO = Total Cost of Ownership »
“ROI = Retour Sur Investissement”
15sept
Information : connaissance, valeur et pouvoir
Quels liens les Systèmes d’information ont-ils avec le pouvoir ? Autant ce lien est compris, voire abondamment détaillé quand on évoque les systèmes d’Information Géographique - cartes et pouvoir, la corrélation est de longtemps connue - autant les relations entre le pouvoir d’une entreprise (sur son marché, son écosystème) ou au sein de cette entreprise et ses Systèmes d’Information sont moins explorées, voire maitrisées.
C’est pourtant un sujet de plus en plus d’actualité à l’heure où il se distingue de moins en moins de la problématique globale – et certainement mieux comprise, du moins davantage développée - des liens entre l’information et le pouvoir. Parce que nous sommes à l’ère de la société d’information … numérique.
Certes, « gouvernance » et « alignement stratégique » des Systèmes d’Information sont à l’ordre du jour. Mais au-delà des mots qui déjà évoquent une relation de pouvoir, force est de constater que les entreprises sont peu au fait de l’ampleur de cette relation. D’un côté, ces dernières mesurent encore mal les conséquences de la « perméabilité des frontières » (cf. plus loin) entre la « plate-forme » Globale Internet et leur organisation, entre l’information dite structurée (bases de données) et celle qui ne l’est pas (Web, email, document, ..). De l’autre côté, deux DSI sur trois, ainsi que le souligne une récente enquête d’août de l’ISACA, ne savent pas mesurer la valeur créée par le SI, et peu ou prou de direction générale sont directement impliquées dans l’analyse de cette valeur.
Or comprendre ce qu’implique une information, sa « valeur relative », c’est le début de la connaissance, connaitre comment l’utiliser, la contrôler dans sa diffusion et son accès, c’est le début du pouvoir.
Le paradoxe de l’épée et du bouclier
La connaissance de la valeur d’une information et de la durée temporelle de cette valeur est une forme de pouvoir. La nature « volatile » de l’information peut conduire également à un pouvoir volatile, qui s’use et s’estompe si on laisse vieillir l’information jusqu’à la rendre inutile.
Nombreux sont les exemples du passé. Posséder la carte du monde la plus précise à un moment donné était très précieux car c’était posséder une information que les autres n’avaient pas. De même en est-il des « renseignements » militaires, connaitre les mouvements de troupes ennemies du lendemain n’a de validité que le jour même. Plus récemment et jusqu’à présent, pour rejoindre les technologies de l’information et de la communication, le réseau de renseignements échelon est suspecté d’avoir pesé sur l’obtention d’appel d’offres et dans des négociations commerciales. Disposer de toutes les informations nécessaires sur une offre concurrente est bien entendu un atout, tant que cette offre est valable. C’est pourquoi l’intérêt d’un système de sécurité est de savoir doser le niveau de protection pour qu’il soit efficace le temps nécessaire, compte tenu du paradoxe de l’épée et du bouclier- plus on fabrique des boucliers puissants, plus les épées deviendront plus robustes afin de les briser -qui fera que tôt ou tard, une attaque plus puissante le mettra à mal.
03mar
L’environnement des Systèmes d’information est par nature changeant. Des entreprises apparaissent et disparaissent, constructeurs, éditeurs, et jusqu’aux utilisateurs, des regroupements se font, tandis que pléthore de nouveaux fournisseurs proposent des technologies certes attractives, mais dont le couplage avec les applications existantes n’est pas toujours limpide. La complexité des fusions et acquisitions, des consolidations de sociétés, mettent également en lumière la nécessaire restructuration des systèmes d’information pour plus de qualité, de cohérence, de capacité de collaboration (interne entre métiers et externes vis-à-vis des partenaires et clients), condition de l’adaptation au changement.
Mais, d’un point de vue humain, comment s’adapter, comment évaluer l’expertise nécessaire à le faire, en particulier pour appréhender les nouvelles technologies, comment mesurer les retours d’expérience, capitaliser sur et exploiter ce qu’on a appris? Enfin, comment faire évoluer les compétences pour toujours «contrôler» que les informations que nous collectons, stockons, manipulons et utilisons à grande échelle grâce aux technologies, sont, d’une part, pertinentes, fiables et sécurisées, d’autre part utiles, certaines pour supporter au quotidien le fonctionnement de l’entreprise, d’autres pour élaborer et mettre en œuvre de façon cohérente la stratégie et les tactiques nécessaires à l’atteinte de ses objectifs? Dans un monde de changement, doit-on privilégier la capacité à faire évoluer rapidement les expertises technologiques, ou, dans un monde également et surtout hétérogène, où se juxtaposent des «strates» technologiques, veiller à ne pas perdre les compétences acquises et privilégier l’expérience? La formulation de la question propose déjà une réponse où il ne faut pas opposer expérience à expertise, l’une et l’autre se complétant. Mais la réponse ne s’arrête pas là : expériences et expertises ne suffisent pas à supporter complètement l’évolution. Il faut également «créer le lien» entre des savoir-faire et savoir-être différents.
27jan
Les débuts d’année « IT », voient toujours fleurir le même « marronnier », l’exercice de recul obligé sur le « monde » informatique, les technologies, les sociétés, les individus qui le peuplent. Cet exercice, suivant les écoles, consiste ou à contempler le passé et en tirer une expérience sur ce qui a, ou n’a pas marché, ou à se lancer, en dressant l’inventaire des dernières innovations technologiques, dans l’art des prédictions. Ce dernier exercice - périlleux car le premier consiste le plus souvent à illustrer son inanité –consiste à établir le classement des solutions ou produits qui vont durer – ou pourquoi pas, changer le monde, et comment faire pour suivre. Mais que doit-on suivre : une « vision » technologique ou un principe de gouvernance qui va bien au-delà, mais que les technologies pourraient influencer?
Ainsi voit-on en 2009 arriver certaines mutations d’entreprises (et/ou d’industries) que l’on prédisait pour l’an 2000. Cela ne veut pas dire pour autant que le changement est radical. Avec l’apparition de nouveaux modèles sous l’impulsion du Web, le changement est dans la possibilité de comparer de plus en plus la diversité des organisations d’entreprises, leur principe de gouvernement, leur « politique », au type de gouvernement des cités et des états. En d’autres termes, nous pouvons reprendre la lecture de « l’esprit des lois » de Montesquieu, pour comprendre les nouveaux modes d’organisation qui apparaissent, et également, quels sont les risques associés. Mais qu’est-ce qui a changé pour oser tenter cette comparaison a priori hasardeuse ?
Certes, sur une dizaine d’années, beaucoup de concepts sont restés les mêmes en entreprise. Mais l’information s’est multipliée, les communications se sont accélérées, les cycles de développement aussi, avec les approches dites « agile ». Internet, en 2000, c’était encore beaucoup de promesses et beaucoup de déceptions, et une « bulle » qui éclatait. Aujourd’hui, Internet est une plate-forme de services incontournable, un catalyseur d’une puissance informatique formidable pour concrétiser des concepts envisagés il y a dix ou vingt ans, voire plus. Le web a favorisé l’éclosion de nouvelles logiques d’architecture, de nouvelles bases d’information et de connaissance. de nouveaux services, de nouveaux modèles économiques - de l’explosion des communautés open source grâce à la mise en relation d’un grand nombre de développeurs sur des projets mondiaux, au « Saas », pour livrer (enfin ?) le service informatique comme une énergie … presque renouvelable.
24nov

A entendre un peu partout ce qui est attendu aujourd’hui des directeurs des Systèmes d’Information, il semblerait que la recherche du DSI idéal s’apparente à la poursuite du Dahut. Cet animal mythique, fort prisé des plaisanteries estudiantines grenobloises, aurait les pattes plus courtes d’un côté que de l’autre, pour mieux vivre sur les pentes montagnardes. Un curieux résultat de l’évolution, puisque, de par sa morphologie, il serait obligé de se déplacer toujours dans la même direction et sur un même côté, sans pouvoir faire demi tour. Il faut peu de temps pour comprendre qu’une telle espèce, de par sa définition, serait menacée d’extinction rapide.
Or le DSI idéal devrait toujours pouvoir faire évoluer son SI en répondant «immédiatement » aux besoins court terme, en réduisant son budget, tout en améliorant la continuité de services des systèmes existants, en stabilisant les fondations, et en anticipant les futurs besoins nés de l’évolution des métiers. C’est déjà beaucoup de responsabilités pour un être humain, par nature non omniscient. Si tout cela doit se faire à coût constant, sinon réduit, on peut se demander si notre malheureux DSI n’est pas un peu obligé d’avancer comme le Dahut, toujours dans la même direction – l’évolution, sur un même côté – la réduction de coût, sans pouvoir faire demi-tour, i.e revoir et optimiser les fondations.
Du moins, tel serait le cas si le Système d’Information n’était piloté que par les coûts et contraint de ne peu ou pas toucher à l’héritage des choix technologiques précédents. Si, par contre, le Système d’information n’est plus vu comme un centre de coût, mais comme un créateur potentiel de valeur et un « inducteur » de changement pour l’entreprise, alors la problématique de l’évolution est modifiée. Le pilotage de cette évolution ne se fait plus sur les seuls axes « technique » et « coût », mais sur plusieurs axes qui interagissent et se complémentent, dont les axes métier, organisationnel, humain, économique, et le DSI peut réussir ce pari de l’efficacité (l’atteinte de ses objectifs), mais plus encore de « l’efficience ». Anglicisme dont la définition illustre le propos : « Être efficient, c’est être efficace en faisant une bonne utilisation des ressources (humaines, informationnelles, matérielles, financières, etc.). ».
10nov

Une question mérite d’être posée à ceux qui considèrent encore que l’informatique est un “mal nécessaire” et surtout, un poste de coût pour les entreprises. Avez-vous ressenti les changements organisationnels induits par les nouvelles technologies durant les dix dernières années? Pourriez-vous revenir en arrière, et ne plus utiliser, qui, votre messagerie, qui, votre formulaire de note de frais, qui, votre procédure de contrôle d’achat automatique? Certes, ces outils génèrent parfois des effets induits désagréables. Suivant l’utilisation qui en est faite, la messagerie peut devenir un élément d’interruption notable. Mais rien ne vous empêche de désynchroniser vos réponses. D’autant que, désormais, vous pourrez lire vos mails sur votre portable, au moment approprié. De préférence hors réunion, pour éviter un autre effet intrusif désagréable, surtout si ce dernier est en plus accompagné de chat sur une messagerie instantanée ou d’envoi intempestif de sms. Il y a un côté “enfantin” en chacun de nous, surtout si les réunions s’éternisent. Lire la suite »